Êtes-vous multi-tâches ?

(Version française / French version)

(Photo by RichFL on Pixabay)

La légende raconte que Napoléon était capable de faire plusieurs choses à la fois. Elle est probablement fausse si l’on en croit les dernières recherches scientifiques.

“Faire plusieurs choses à la fois” mérite que l’on s’arrête un instant sur les termes. Il convient de distinguer les actes automatiques (respirer, marcher, écouter de la musique…) des actions qui nécessitent une certaine attention. La plupart d’entre nous sommes capables d’effectuer deux tâches en parallèle : conduire et discuter avec un passager par exemple. Il est également important de distinguer le “plusieurs” : 2 ou plus.

Quand vous travaillez sur une seule tâche, vos deux hémisphères travaillent simultanément sur celle-ci. Néanmoins, selon une étude publiée dans le magazine Science, il demeure possible d’accomplir deux actions en même temps : dans ce cas, chaque hémisphère est “dédié” à une tâche précise et une partie frontale est activée pour coordonner ces deux activités.

Se posent alors deux questions.

#1 Est-il possible de gérer trois tâches simultanées ?

Apparemment, non. Dans les expériences, lorsque les sujets étaient soumis à un troisième test qui réclamait leur attention, ils ont été perturbés au point de souvent abandonner l’une des deux autres tâches.

#2 Suis-je aussi efficace lorsque j’accomplis deux tâches en même temps ?

La logique serait de dire que je “perds du temps” en accomplissant qu’une seule tâche alors que mon cerveau pourrait en gérer deux simultanément. Toutefois, il existe une limite évidente : plus l’une de ces actions requiert notre attention, plus elle est exclusive. Si vous écrivez une dissertation, planchez sur un exercice compliqué de mathématiques, jouez un morceau difficile au piano ou une partie d’échecs, il vous est probablement difficile de prendre part en même temps à une discussion argumentée. Par ailleurs, souvenez-vous que lors d’un partage des actions, chaque hémisphère est concentré sur une seule tâche. Comme leurs composantes n’ont pas la même fonction (verbale, logique, spatiale…), cela signifie probablement que vous n’affectez pas toutes vos capacités à vos actions.

# Et donc ?

Lorsque les deux tâches requièrent toutes deux une attention soutenue, vous “abandonnez” temporairement l’une d’elles pour résoudre un point de blocage, pour ensuite vous dédoubler à nouveau… jusqu’au niveau pic de complexité. Chaque déconnection implique une reconnexion, consommatrice en temps, en énergie et sans doute aussi en efficacité.

Enfin, comme l’explique Étienne Kœchlin, chercheur en neurosciences et l’un des auteurs de cette étude, cette question nous ramène aussi aux changement d’environnement que les dernières décennies ont façonnés : “Effectivement, il y a deux contraintes opposées que la région frontale doit gérer : la flexibilité et, en même temps, la persévérance. C’est vrai qu’aujourd’hui notre environnement privilégie la flexibilité, mais on ne sait pas du tout comment le cerveau va s’y adapter”.